Repenser l’interculturalité

Journée d’étude ouverte à tous

Journée d’étude « Repenser l’interculturalité »
Jeudi 14 novembre 2013
Journée ouverte à tous, entrée libre

Journée d’étude «Repenser l’interculturalité»

Matin: BU Lettres et Droit – Salle
Université de Poitiers – Campus
1 allée Jeanne Chauvin
Poitiers

9h30: Présentation d’un catalogue bibliographique sur l’interculturalité au Canada

Repenser l’interculturalité

Président de séance: Elvire Diaz
9h50: Jean-Philippe Husson (Université de Poitiers): Multiculturalisme: critique libérale et critique républicaine
10h10: Anna Koneva (Université de Saint-Petersbourg): La tentation Empire: repenser l’interculturalité
10h30: Pascale Perraudin (Saint Louis University): Interculturalité et fictions: transmission d’un “nous” postcolonial
10h50: André Magord (Université de Poitiers): Repenser l’interculturalité au prisme de l’anthropologie dynamique et de la psychologie sociale
11h10: Débat en interaction avec le public

Après-midi : UFR Lettres et Langues – Amphi 2
Campus Nord – Bâtiment A3
1, Rue Raymond Cantel
Poitiers

Repenser l’interculturalité au prisme des minorités

Président de séance: Henri Billard
14h00: Jeremy Price (Université de Poitiers): “Sur l’aile d’un aigle: le renouveau d’une identité culturelle Ulster-Scots et l’affirmation d’une communauté musicale transatlantique”
14h20: Yohann Le Moigne (Université de Poitiers): A black city with a Latino majority: les enjeux de la succession ethnique à Compton, Californie
14h40: Cheikh N’Guirane (Université de Poitiers): L’école afrocentrique de Toronto au prisme de l’interculturalisme québécois
15h00: Ariane Le Moing (Université de Poitiers): La formation interculturelle au Québec: une voie alternative pour amortir un véritable changement social?
15h30: Débat en interaction avec le public


Proposition de communication de Jean-Philippe Husson
(Université de Poitiers – CRLA Archivos)

Multiculturalisme: critique libérale et critique républicaine

Comment pourrait-on définir les rapports qui lient le multiculturalisme et l’interculturalité? On ne se trompera guère en avançant que le premier est une institutionnalisation, une officialisation de la seconde, mais cette première définition apparaît insatisfaisante. Car l’interculturalité qui sous-tend le multiculturalisme n’embrasse pas, tant s’en faut, l’ensemble des échanges interculturels: elle porte spécifiquement sur des populations qui coexistent sur le même espace national. Cette coexistence est tenue par les partisans du multiculturalisme pour désirable: elle serait avantageuse, tant pour la population autochtone que pour les populations allogènes venues s’installer sur son territoire. Mais, en même temps, et de façon quelque peu contradictoire avec ce qui précède, elle ne saurait donner ses pleins effet qu’en étant réglementée, notamment pour garantir aux minorités qu’elles pourront conserver tous leurs particularismes culturels.

Ces postulats ont récemment fait l’objet de critiques de la part de plusieurs chefs d’État ou de gouvernement parmi les plus importants de l’Union Européenne. Critiques très suspectes, cependant, d’abord parce qu’elles émanaient de dirigeants politiques dont les formations avaient soutenu le multiculturalisme depuis des décennies, ensuite parce qu’elles se sont vite révélées comme des opérations de communication sans lendemain. De fait, ces déclarations n’ont été suivies de changements significatifs dans aucun des États concernés. Dans la mesure où le multiculturalisme peut être caractérisé comme un volet du libéralisme et que celui-ci inspire l’orientation politique des dirigeants en question, il ne pouvait d’ailleurs pas en être autrement.

Cependant, si le multiculturalisme n’a guère de crainte à se faire de la part de ses critiques libéraux, il peut être critiqué d’un autre point de vue qui ne bénéficie sans doute pas de la faveur des médias mais qui, à l’usage, se révèle beaucoup plus cohérent: le point de vue républicain. La communication proposée se fixe précisément pour but, afin de définir le contenu politique du multiculturalisme, de le comparer aux principes fondamentaux de la République, notamment ceux de nation, de souveraineté et de laïcité. Au terme de cette comparaison, il apparaît que le multiculturalisme peut être caractérisé comme une négation radicale de ces mêmes principes. L’exposé se conclura par une tentative d’explication du succès qu’il a connu, dans le contexte de la mondialisation libérale.


Proposition de communication de Pascale Perraudin
(Saint Louis University)

Interculturalité et fictions: transmission d’un “nous” postcolonial

Si les agitations politiques au sein des états-nations (sursauts, replis, déclarations intempestives) suggèrent une volonté de maintenir un modèle identitaire défini en large mesure par une adhésion à des comportements culturels homogènes au sein de ses frontières, l’ère de la culture de masse, de la globalisation des échanges culturels et économiques, des déplacements de personnes (volontaires ou forcés) semble en avoir décidé autrement. La capacité de «faire société au sein de la société-monde qui est désormais la nôtre» (Fistetti) passe dès lors par une interrogation renouvelée du collectif. Les anciennes puissances coloniales, dont la France, se voient par conséquent amenées à réfléchir à des questions d’héritage, de transmission, de mémoire.

Je propose dans un premier temps d’examiner la dynamique que ce «nous» collectif, sur lequel repose le discours national, entretient avec ce qu’il désigne comme Autre. Je montrerai comment le texte de Laurent Mauvignier, Des hommes (2009), dans son retour sur la Guerre d’Algérie, aborde la relation au collectif et à l’Autre, et s’inscrit dans une démarche de remise en question d’un «nous» longtemps évacué de son contenu postcolonial. La quête du narrateur procède en effet d’une volonté de se positionner, d’une part, face à une violence (l’agression raciste ouvrant le texte) qui cache une autre violence (fondatrice), inhérente au projet colonial français et son histoire, ainsi que, d’autre part, au racisme qui le sous-tend.

Dans un deuxième temps, je mettrai en relation les violences évoquées dans le texte de Mauvignier (dans le contexte de la Guerre d’Algérie) avec d’autres exemples clés: Camp de Thiaroye (1988), le film d’Ousmane Sembène ainsi que les essais de Frantz Fanon Les Damnés de la terre (1961) et Peau noire, masques blancs (1952). La mise en parallèle de ces derniers exemples soulignera l’importance d’une mémoire décloisonnée, multidirectionnelle (Rothberg) et déterritorialisée pour tenter d’aborder de façon renouvelée et apaisée le racisme qui hante la relation communautaire.


Proposition de communication d’Anna Koneva
(Russian Institute for Cultural Research, Herzen State Pedagogical University in St. Petersburg, Invited resercher in MIMMOC, Poitiers)

La tentation Empire: repenser l’interculturalité

Quand on parle du multiculturalisme, du pluralisme culturel ou bien des liens interculturels, on se retrouve dans une tendance de la pensée contemporaine, je pourrais même dire – de la mode. Aujourd’hui, nous sommes obligés d’être tolérants, de penser largement, de connaître les différentes cultures avec leurs habitudes, leurs croyances et leurs préjugés. Cela veut dire que nous sommes obligés de connaître ou bien d’essayer de connaître les différents systèmes de l’imaginaire social. Mais cela est-il possible, si ce système reste presque inconscient, même dans notre propre culture?

Quand il s’agit de l’imaginaire social, il faut bien préсiser ce qu’il signifie. La notion de l’imaginaire a été élaborée par Gilbert Durand (Les structures anthropologiques de l’imaginaire. Paris, Dunod, 1992). Il a déclaré que l’imaginaire humain est déterminé par le rapport avec la mort, que l’imaginaire représente une voie de reconnaissance de la vie en tant que trajet vers la mort, le voir (visualiser) et se l’approprier en restant vivant.

C’est ici que je trouve une explication de l’importance de la religion et de la croyance dans le dialogue interculturel. A mon avis, l’imaginaire social restant structuré anthropologiquement porte en soi les traits typiques des différentes cultures, surtout les traits formés sous l’influence de la religion en tant qu’institution et en tant que pratique de croyance. Pas seulement, bien sûr. L’imaginaire social est structuré par les coordonnées binaires, il est déterminé par les normes et les valeurs de sa culture. En s’appuyant sur les théories de B. Andersen, C. Castoriadis, A. Appadurai et surtout sur les idées de G. Durand, je vais examiner l’imaginaire social du point de vue métaphysique pour y distinguer les «coordonnées imaginatives» comme l’espace et le temps, le propre et l’étranger, l’identique et le différent. Je suppose qu’en examinant ces «coordonnées imaginatives», il sera possible d’expliquer la tentation empire de la culture occidentale.

Qu’est-ce que c’est cette tentation? C’est une image de l’empire qui a jusqu’à maintenant son pouvoir dans l’imaginaire social et qui empêche finalement d’effectuer le dialogue réel entre les cultures. Si on découvre les racines de cette tentation empire, on pourra peut-être repenser l’interculturalisme.


Proposition de communication de Jeremy Price
(Mimmoc, Université de Poitiers)

“Sur l’aile d’un aigle : le renouveau d’une identité culturelle Ulster-Scots et l’affirmation d’une communauté musicale transatlantique”

L’émergence, au tournant du 21e siècle en Irlande du Nord, d’une musique des Scots d’Ulster (“Ulster-Scots music”) s’inscrit dans un renouveau linguistique et culturel Ulster-Scots plus large qui semble fournir le pendant du renouveau gaélique en Irlande du nord. Cette focalisation, en Irlande du Nord, sur une opposition binaire entre une culture irlandaise catholique et gaélique raréfiée, d’une part, et une culture Ulster-Scots presbytérienne raréfiée de l’autre, suggère ainsi une affirmation culturelle qui refléterait les divisions politiques du conflit nord-irlandais. Or, cette opposition simpliste masque une réalité historique bien plus complexe avec des formes culturelles, linguistiques et musicales partagées, caractérisées par l’échange, l’interaction culturelle, l’emprunt, la conversion, l’hybridité et le métissage.


Proposition de communication de Yohann Le Moigne
(Mimmoc, Université de Poitiers)

A black city with a Latino majority: les enjeux de la succession ethnique à Compton, Californie

La vague migratoire qui a touché les États-Unis à partir des années 1980 a remodelé les relations ethno-raciales, notamment dans les États du Sud-Ouest où l’installation massive d’immigrés hispaniques a eu d’importantes conséquences. Ces changements démographiques se sont particulièrement fait sentir dans des zones pauvres, traditionnellement considérées comme des enclaves noires, à mesure que les familles noires des ghettos ayant les moyens de déménager étaient remplacées par des immigrés récents. Les enjeux de cette recomposition du paysage urbain sont nombreux et touchent à des domaines sensibles comme la représentation politique des minorités, la criminalité, le «vivre ensemble», l’emploi ou l’éducation. Cette proximité géographique nouvelle génère de fait un nouveau type de relations entre minorités, et plus particulièrement entre Noirs et Latinos, différentes des relations traditionnelles entre Noirs et Blancs que l’on avait l’habitude d’étudier dans l’Amérique urbaine.

Particulièrement touchée par ces évolutions, la Californie est considérée comme un laboratoire politique en matière de relations interraciales. Nous nous intéresserons ici à la ville de Compton, dans la banlieue de Los Angeles, qui a connu une succession ethnique d’une rare intensité au cours des trois dernières décennies. Entre 1980 et 2010, la proportion d’Afro-Américains s’est effondrée, passant de 75% à 34% de la population de la ville, alors que celle des Hispaniques a grimpé de 21% à 65%. Cette succession ethnique a généré une augmentation des tensions inter-raciales dans deux domaines principaux: les gangs et la politique locale.

Le but de cette communication est de comprendre les processus ayant mené à cette dégradation des relations entre Noirs et Hispaniques afin de poser les jalons d’une réflexion sur l’interculturalité, en particulier dans des contextes urbains où se confrontent différents groupes minoritaires. En m’appuyant sur une centaine d’entretiens menés à Compton avec des membres de gangs, des policiers, des travailleurs sociaux, des politiciens et divers résidents sur une période d’un an, j’expliquerai comment l’immigration a modifié la composition interne de la communauté hispanique ainsi que le rapport de force numérique entre les communautés noire et hispanique, rendant plus complexe le processus d’acculturation des immigrés récents et diminuant ainsi la proximité culturelle entre les deux groupes. Les rivalités territoriales observées dans les domaines politique et criminel dans un contexte de raréfaction des ressources économiques ont généré la naissance d’un nativisme noir et une cristallisation des tensions le long de ce que les médias locaux ont considéré comme des frontières raciales. Je montrerai au contraire que l’immigration a remodelé les frontières urbaines, non pas en introduisant une nouvelle dimension raciale, mais en ajoutant une dimension culturelle aux enjeux géopolitiques locaux.


Proposition de communication d’Ariane Le Moing
(Mimmoc, Université de Poitiers)

La formation interculturelle au Québec: une voie alternative pour amorcer un véritable changement social?

L’intégration des nouveaux arrivants dans la société d’accueil canadienne émane de la politique multiculturelle. Cette politique adoptée en 1971 a été suivie par l’adoption en 1988 de la Loi sur le multiculturalisme canadien, qui offre un cadre légal afin que les groupes minoritaires conservent leur patrimoine culturel tout en participant de plein droit au développement de la société. La province du Québec quant à elle s’est dotée d’une politique d’interculturalisme, non officielle, où la langue française est définie comme une valeur convergente et où les immigrants sont invités, en français, à contribuer au dynamisme culturel, économique et politique de la société québécoise Ces deux mesures prônent ainsi délibérément le dialogue entre toutes les cultures, bien que la norme québécoise qui place la culture française au coeur du projet social soulève quelques questions quant à la valorisation et à l’ouverture aux autres cultures.

Afin de comprendre le dialogue interculturel dans ses applications concrètes au Québec, je m’intéresserai à la formation interculturelle au sein des organismes communautaires. Le principal mandat des personnels des organismes communautaires et des associations, appelés également médiateurs interculturels, est d’orienter les immigrants vers diverses institutions, faciliter leur intégration socio-économique et les initier aux valeurs culturelles et civiques locales. Afin de mener à bien cette médiation, les intervenants doivent être formés à la diversité culturelle et à la compétence de communication dans un cadre pluraliste. Ces formations dans les organismes communautaires, qui n’ont pas encore fait l’objet d’une recherche approfondie, portent sur des aspects généraux ou plus spécifiques du pluralisme ethnoculturel et complètent les services d’accueil et d’aide à l’intégration des communautés.

Je présenterai premièrement quelques pistes théoriques permettant de comprendre les principes généraux de la formation interculturelle. Ces pistes sont en particulier issues des formations proposées aux futurs professeurs qui devront enseigner à des classes multiculturelles et faire l’expérience de l’éducation interculturelle. Puis j’essaierai de penser les programmes de formation interculturelle dans le cadre d’intégration québécois tel que défini par l’interculturalisme mais également défini au regard des nouvelles propositions du Parti québécois qui souhaiterait établir une charte des valeurs québécoises, incluant notamment l’interdiction de porter des signes religieux ostentatoires. Est-on finalement en présence ici d’une confrontation entre deux positions extrêmes, d’un côté la formation interculturelle prônant l’ouverture et de l’autre le modèle d’intégration du Québec jugé plus restrictif? La formation interculturelle peut-elle se détourner du courant de pensée politique majoritaire et devenir une voie alternative pour amorcer un changement social?


Proposition d’André Magord
(Mimmoc, Université de Poitiers)

Repenser l’interculturalité au prisme de l’anthropologie dynamique et de la psychologie sociale.

L’interculturalité n’a plus le vent en poupe. Les dirigeants de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne et de la France ont annoncé il y a peu l’échec d’une politique de la diversité ouverte à la dynamique de la différence, à la richesse de la rencontre des cultures.

Partout dans le monde, on assiste à une crispation sur des postures de repli nationalistes et à l’instrumentalisation populiste de la peur de l’autre. Comment l’humain peut-il retomber dans ces mêmes aveuglements après tant d’exemples d’ostracismes inconséquent et tragiques apportés par l’histoire?

Une partie de la réponse se trouve dans une analyse anthropologique et psycho-sociologique de cette zone d’aveuglement. Les phénomènes de stigmatisation, de bouc-émissairisation sont toujours provoqués par une «amnésie de la genèse», une incapacité par le groupe dominant accusateur de reconnaître qu’il a lui-même engendré la situation de fracture décriée.

Depuis les années 1980, l’avènement du néo-libéralisme a promulgué à la fois l’idée de liberté mais aussi celle de la dilution des frontières, des repères sociétaux et des règles d’harmonisation au profit de celles, incontrôlables du marché «global». De plus, la centration sur l’individualisme et le matérialisme, inhérente à ce système induit une désubstantialisation des contenus culturels, sociaux et politiques. Repenser l’interculturalité implique donc une relecture critique des rapports entre nation, ethnicité et projet politique de»vivre ensemble».


Proposition de communication de Cheikh N’Guirane
(Mimmoc, Université de Poitiers)

L’école afrocentrique de Toronto au prisme de l’interculturalisme québécois

Depuis la phase historique qui s’ouvre dans les années 1970-1980, les luttes pour la reconnaissance menées par les communautés ethnoculturelles présentes dans les grandes métropoles canadiennes occupent le devant de la scène. À coté des luttes des minorités nationales, on assiste de plus en plus à des tentatives de négociation d’espaces scolaires autonomes de la part de ces nouveaux sujets sociaux qui exigent que leur différence culturelle soit acceptée et reconnue. Cependant, certaines provinces canadiennes, notamment le Québec – dont l’école reste encore un des fers de lance – n’aborde qu’avec la plus grande réticence la question des revendications minoritaires, toujours suspecte d’introduire de la division dans la société, voire de sacrifier au communautarisme.


Ainsi, à la suite du débat très médiatique sur les «accommodements raisonnables» au Québec en 2006 et 2007, cette présentation se propose d’aborder la question de l’Africentric Alternative School à la lumière du modèle québécois de gestion de la diversité – l’interculturalisme. Notre regard plus ou moins critique sur cet établissement scolaire ouvert à Toronto en 2009 est entraîné par un certain nombre de traits bien connus de la culture québécoise: son ancienne tradition conservatrice, ses attitudes ambivalentes – faites de refus et d’attirance – à l’égard des autres cultures.

Le cadre de cette présentation ne se prête évidemment pas à d’amples développements qui seraient de toute manière bien prématurés, compte tenu de l’état de nos travaux. Toutefois, une donnée essentielle qui commande l’éclairage de cette présentation réside dans la problématique de «l’éducation afrocentrique», phénomène relativement récent dans la province de l’Ontario.

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